2.07 LE MYTHE DE SALOME

Description

  Yvette RODALEC: Le mythe de Salomé

L’histoire de Salomé, racontée dans les deux premiers évangiles synoptiques (Matthieu 14, 3-12 et Marc 6, 17-29) est inséparable du destin tragique de Jean-Baptiste. Cette princesse est en effet la jeune danseuse qui, sous l’influence de sa mère Hérodiade, obtient du tétrarque Hérode la décollation du prophète. Ce récit n’occupe à première vue qu’une place anecdotique au sein du Nouveau Testament : les deux versions se présentent de fait comme des analepses chargées d’expliciter les circonstances de l’emprisonnement et de la mise à mort du prophète. L’évangile de Luc fait d’ailleurs l’économie de cette intrigue romanesque fondée sur un sentiment peu noble chez Hérodiade, le désir de vengeance. L’évangéliste se contente de mentionner que la décision d’emprisonnement et de mise à mort revient au seul Hérode (Luc 3, 19-20 et 9,7-9), qu’elle revêt donc un caractère essentiellement politique. Ni Hérodiade ni sa fille ne sont évoquées dans le troisième des évangiles synoptiques. Ces deux personnages féminins auraient donc pu tomber dans les oubliettes de l’histoire biblique. Mais la tradition théologique chrétienne va en décider autrement, parce qu’elle a besoin, selon le principe d’échos entre le Nouveau et l’Ancien Testament, d’autres figures que Ève pour asseoir son discours misogyne et son éthique antisexuelle fondée sur l’opposition de la chair et de l’esprit. Les Pères de l’Église vont ainsi donner naissance, bien malgré eux, à une figure qui se déploiera dans la création littéraire et artistique européenne au point de constituer un véritable mythe. Quatre grandes étapes peuvent être dégagées dans l’histoire du mythe de Salomé.1 La première correspond aux débuts du christianisme et s’inscrit exclusivement dans le cadre d’un discours édifiant. La seconde étape correspond à l’époque médiévale : la littérature et l’architecture y sont au service d’un discours moralisateur qui continue d’exploiter la figure de Salomé pour condamner le péché de luxure. Il faut attendre la seconde moitié du XIXe siècle pour observer une évolution majeure dans le traitement de ce personnage biblique : Salomé s’extrait du discours d’édification religieuse pour devenir une figure récurrente de la littérature et des arts en général, à tel point qu’on parlera pour cette troisième étape de « mythe fin-de-siècle ». Le XXe siècle, quant à lui, se signale par une diffusion qui exploite de nouveaux chemins, comme la danse et le cinéma (réf. dossier pédagogique CNDP - CRDP Paris).

Détail
Thème
Littérature
Conférencier
Yvette RODALEC
Prix
Gratuit pour les adhérents
Date
05/01/2023 14h30
Lieu
Cinéma Le Club
Durée
02h00
Référent
Jean-Luc LAMONNIER
Nombre de place
200