2.4 09/03/2023 FILM "EUGENIE GRANDET"

Description

"Eugénie Grandet" de Marc Dugain, avec Joséphine Japy, Olivier Gourmet et Valérie Bonneton.

Ayant su profiter de l'après-Révolution pour se construire discrètement un empire dans sa ville de Saumur, Félix Grandet accepte mal l'idée que sa fille Eugénie soit en âge de se marier. Jolie, bien éduquée, elle attise la convoitise de nombreux jeunes hommes, mais son père refuse catégoriquement de verser une quelconque dot. Quand son neveu débarque depuis la capitale, envoyé par son frère ruiné, Félix assiste impuissant à la complicité naissante entre Eugénie et cet élégant et coquet Parisien, avec qui elle passe des heures. Les rumeurs les plus folles circulent sur les deux dans le bourg, rendant Félix fou de rage... Dans l’adaptation qu’il en a faite, Marc Dugain n’a pas cherché la fidélité absolue au roman de Balzac, se permettant même d’en modifier profondément la fin. Il en a toutefois conservé l’essentiel, en particulier l’acuité des portraits de tous les personnages, tout en utilisant les ellipses avec bonheur. Et, ce qui est extraordinaire, c’est que cette peinture d’une certaine société provinciale d’il y a deux siècles s’avère d’une actualité confondante. En effet, on ne peut s’empêcher de voir en Félix Grandet, le père d’Eugénie, cet ancien révolutionnaire devenu notable, cet athée qui utilise la religion pour asservir sa femme et sa fille, ce monstre d’avarice pour qui accumuler de l’argent est plus important que de faire le bonheur de sa famille, la représentation du néolibéral d’aujourd’hui. A ses côté, deux femmes que son comportement rend malheureuses : tout d’abord, Madame Grandet, la mère d’Eugénie, chez laquelle pointe un timide début de féminisme, entravé par le patriarcat triomphant de l’époque, mais qui sait se montrer d’une grande lucidité, par exemple lorsqu’elle dit à sa fille « Tous les hommes ont des vices. Ton père a choisi celui qui coute le moins cher, l’avarice ». Et puis, Eugénie Grandet, obligée d’imaginer l’amour absolu dans la mesure où son père lui interdit le plus prosaïque mariage qui lui coûterait trop cher en dot, et qui semble annoncer à la fois le mouvement écologique et le mouvement féministe, amoureuse et protectrice de la nature d’un côté, abandonnant progressivement sa passivité et sa naïveté pour s’affirmer en tant que femme seule responsable de ses actes de l’autre.  

NB: la projection de ce film inspiré par un roman d'Honoré de Balzac est en relation avec la conférence d'Olivier Macaux donnée le 24 novembre 2022 et constitue une approche différente de celle de Xavier Gianolli dans les "Illusions perdues".

Détail
Lieu
Club
Durée
02h00
Session
  • le 09/03/2023 14h30
Prix
5
Nombre de places
200